Sur le pont camarade

La FDSEA 84 manifeste pour pouvoir embaucher des saisonniers étrangers

C’est ce qu’on appelle un télescopage d’actualité.

Nous avions programmé une action face à la Préfecture ce mercredi 20 mai pour réclamer des maques gratuits pour tous et partout.

Las, une manifestation de la Fédération Départementale Syndicale des Exploitants Agricoles (FDESEA) locale, à la même heure et au même endroit, nous a incité à reporter notre action.

La FDSEA locale réclame de l’État qu’il autorise les saisonniers agricoles à rentrer sur le territoire français. Les arguments des exploitants agricoles reposent sur deux arguments.

Un qui est spécieux :

– Ils ne trouvent pas de main d’œuvre locale capable de faire le travail tant il est exigeant physiquement (dans les citations : « on a donné sa chance aux travailleurs français » qui sous-entend « les français sont des fainéants, il y a trop d’aides sociales … »)

L’autre qui se tient :

– Les saisonniers font un travail technique (ex : il faut avoir l’œil pour choisir quelles cerises cueillir, lesquelles laisser sur l’arbre parce que piquées), physique et exigeant, où l’on réclame du travailleur qu’il soit productif.

Bref, c’est un métier et les amateurs ne sont pas à la hauteur.

De la même manière que la crise sanitaire du Covid-19 a mis en lumière le rôle de corps de métiers jusqu’ici invisibilisés, la plupart du temps tenus par des femmes : secrétaires, infirmières, aides-soignantes … les revendications patronales agricoles nous permettent de pointer la technicité de ce travail manuel généralement mal considéré et surtout mal payé.

Le salaire des saisonniers est bel et bien le SMIC brut, mais il est possible que certains exploitants aient recours à des boîtes d’intérim espagnoles ou polonaises leur permettant de recourir à du « travail détaché » et donc dont la part sociale (les charges pour le dire dans la langue patronale) dépend du pays d’embauche.

La question à se poser est la différence de niveau de vie et de salaire entre le pays d’origine et la France, pourquoi un saisonnier étranger de l’Est ou du Sud (ce ne sont pas des allemands ou des anglais qui viennent récolter nos cerises) acceptent ce travail pour ce prix, accompagné bien souvent de conditions de logement, de transport et de travail indigne ? Il faut alors le dire clairement : cette différence est si attractive qu’elle permet une subordination qui frise la soumission.

Pour être un peu plus complet, il nous faut également évoquer les investissements très importants fait par les exploitants depuis les années 80 pour répondre à l’exigence portée par la grande distribution d’une production calibrée. Ces investissements ont conduit à des endettements très lourds de la profession. C’est que nous appellerons le coût du capital.

Ces investissements ont emmené à la concentration d’exploitations en des mains de moins en moins nombreuses (le nombre de maraîchers et d’arboriculteurs a été divisé par deux rien que dans les années 90.)

Si on ajoute à ce contexte, « une concurrence libre et non faussée » imposée par les traités européens et bien souvent défendue par ces mêmes syndicats agricoles, la seule variable d’ajustement est alors le travail et sa rémunération. Il est alors pour les exploitants agricoles hors de question de revaloriser le travail des saisonniers agricoles par le biais d’une rémunération à la hauteur d’une tâche aussi difficile et aussi essentielle que de nous nourrir.

Ça aussi nous devons le corriger.

Sur le travail manuel : https://www.bastamag.net/Contrairement-aux-prejuges-le-travail-manuel-exige-de-grandes-competences

Pour la subordination qui frise la soumission : https://reporterre.net/Travailleuses-detachees-dans-l-agriculture-elles-racontent-leur-calvaire-en-France

Plus généralement sur le travail saisonnier, Quelques repères sur les contrats OMI et ANAEM d’Alain Morice : https://journals.openedition.org/etudesrurales/8776

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