Sur le pont camarade

1. Répondre à l’urgence sanitaire pour protéger la population

Dans les semaines qui viennent, tout doit être fait pour que nos concitoyen·ne·s ne perdent pas la vie, pour que des familles ne soient pas endeuillées, pour protéger nos soignant·e·s et leur donner les moyens d’agir.

La pénurie de masques, de blouses, de gants, de gel hydroalcoolique, de bouteilles d’oxygène, de respirateurs en réanimation, de tests de dépistage, de médicaments met en danger la vie de nos concitoyen·ne·s et des soignant·e·s et pénalise considérablement notre capacité à lutter efficacement contre l’épidémie. Nos capacités industrielles sont très in-suffisamment sollicitées. Et les moyens financiers manquent pour faire face à la crise.

Nous exigeons du gouvernement la protection sanitaire et la reconnaissance de l’apport à la nation de tous les travailleurs des secteurs essentiels à la réponse aux besoins immédiats et vitaux du pays, à commencer par les personnels de santé, les agents de l’État et des collectivités territoriales mobilisés mais également de secteurs stratégiques comme l’énergie et l’alimentation. Ces travailleurs doivent être associés à toutes les décisions stratégiques pour la gestion de la crise dans leur secteur d’activité. La précarité que la majorité d’entre-eux vit depuis de trop nombreuses années, le caractère d’intérêt général de leurs missions, le risque auquel ils sont exposés dans la crise doivent conduire à une augmentation immédiate pouvant atteindre jusqu’à 20 % de leurs traitements ou salaires.

Toutes les filières industrielles du pays pouvant contribuer à la production de masques et de tout le matériel médical indispensable doivent être mobilisées. Des nationalisations ou des prises de participation peuvent s’avérer nécessaires pour remobiliser ou mobiliser les outils utiles à répondre aux besoins du moment. Il ne peut s’agir ici de nationaliser les pertes pour renflouer des actionnaires. Ces nationalisations doivent permettre la définition de nouveaux critères de gestion avec les travailleurs et les citoyens. Les situations qui le nécessitent, comme celle de l’entreprise Luxfer, doivent être étudiées rapidement.

Au regard des conséquences gravissimes de la pénurie actuelle, nous exigeons par ailleurs une information hebdomadaire du gouvernement sur l’état de la production et de l’acheminement des matériels. Nous demandons en outre l’organisation d’une campagne de dépistage systématique du coronavirus conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. Les récentes déclarations du gouvernement apportent des précisions sur la production et affichent la volonté d’organiser une campagne de dépistage systématique à la sortie de la période de confinement. Cependant, le flou persiste sur les délais de livraison du matériel médical et des tests, comme sur le volume de production et les dispositions prises pour garantir la réponse aux besoins.

Parallèlement, la santé doit être déclarée grande cause nationale pour la décennie à venir.

Nous demandons l’annulation de la dette des hôpitaux et le vote d’un Objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam) rectificatif, en augmentation de 5 % immédiatement (hors dépenses sanitaires en cours). Alors que le Président de la République vient d’annoncer travailler à « un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières pour l’hôpital », nous pensons indispensable la mise en chantier immédiate, avec les personnels, d’une loi de santé publique qui soit une loi de programmation sanitaire et budgétaire pluriannuelle sur dix ans afin de remettre à flot le système de santé dans sept domaines : le financement de la santé et de l’hôpital public ; le renforcement du secteur public hospitalier ; l’amélioration de l’accès aux soins et la lutte contre les déserts médicaux ; le renforcement des Ehpad pour ré-pondre au défi de la perte d’autonomie ; l’organisation d’une politique publique du médicament et des dispositifs médicaux ; l’instauration d’une véritable démocratie sanitaire ; la reconstruction d’une psychiatrie humaine. Nous versons dès à présent au débat la « proposition de loi portant mesures d’urgence pour la santé et les hôpitaux » déposée par les député·e·s, sénatrices, et sénateurs communistes. Le renforcement de l’hôpital public et des Ehpad peut être engagé dès cette année par un plan d’embauche massif.

Et au regard de la saturation en cette fin mars des capacités hospitalières dans de nombreux territoires, les cliniques privées et le service de santé des armées doivent être pleinement mobilisés pour la prise en charge tous les patients qui le nécessitent.

Pour les jours d’après, cette crise sanitaire montre la nécessité d’un plan de reconquête industriel national et de coopération internationale. La France pourra ainsi garantir et sécuriser l’approvisionnement des biens nécessaires à nos besoins vitaux par des filières publiques. C’est un enjeu de maîtrise publique et de souveraineté. Les principales entreprises devront être nationalisées et placées sous contrôle démocratique. Dans le domaine sanitaire, c’est notamment indispensable dans les secteurs pharmaceutique et du matériel médical. Cette reconquête industrielle, parce qu’elle relocalise les activités, est un impératif écologique. Les industries créées doivent être respectueuses de l’environnement et de la préservation des ressources naturelles afin de satis-faire les besoins essentiels des populations. Toutes les innovations technologiques qui permettent de réduire les pollutions et le prélèvement de ressources naturelles doivent être encouragées. L’essor des industries et de la recherche écologique est un élément constitutif d’une croissance renouvelée au travers des secteurs du bâtiment, de l’énergie, des matériaux, de l’agroalimentaire.

Cette crise nous appelle également à créer une Sécurité sociale du XXIe siècle, avec un remboursement intégral des soins, un service public de santé renforcé, une gestion par les travailleurs eux-mêmes afin de permettre à chacune et chacun d’être soigné·e et à notre pays de disposer de capacités excédentaires, que ce soit en matière de matériels, de personnels ou de lits dans les hôpitaux, à rebours des dogmes de la rentabilisation maximale du capital investi et du zéro-lit inoccupé.

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