Le maire d’Avignon s’étonne que l’opposition municipale réagisse à un arrêté pris en plein été pour réglementer la présence de personnes errantes dans certaines rues commerçantes.

Il explique aujourd’hui que son arrêté vise à « donner une base légale » à l’intervention de la police municipale.
QUELLE ÉTAIT DONC LA BASE LÉGALE DES INTERVENTIONS DE LA POLICE MUNICPALE JUSQUE-LÀ ?
Mais alors sur quelle base juridique la police municipale intervenait-elle auparavant auprès des personnes en situation de vulnérabilité pour leur demander de quitter certaines rues ou de se déplacer ?
Depuis la suppression des bancs de la place Pie en mai, nous avions constaté le redéploiement de la police municipale principalement dans l’intra-muros et des interventions demandant à des personnes vulnérables de ne plus stationner dans certaines rues commerçantes.
Si le nouvel arrêté vient aujourd’hui donner un cadre juridique à ces pratiques, le maire doit nous expliquer pourquoi ce cadre n’existait pas auparavant.
DÉPLACER LA MISÈRE N’EST PAS FAIRE RECULER L’INSÉCURITÉ
Le maire utilise par ailleurs, pour illustrer sa communication, un fait divers particulièrement violent survenu à Avignon. Un homme – visiblement déséquilibré – s’en est pris à un autre et lui “a mangé ” le menton.
Nous ne minimisons évidemment pas la gravité d’un tel événement.

Mais justement : il ne peut pas servir de prétexte à une politique consistant à déplacer les personnes vulnérables d’une rue à une autre.
Lorsqu’une personne souffre de troubles psychiatriques graves et présente un danger pour elle-même ou pour autrui, la réponse relève d’abord de la prise en charge sanitaire et psychiatrique, dans le respect du droit et des procédures applicables.
Or la psychiatrie publique est en crise. Les difficultés de recrutement, le manque de personnels et l’insuffisance des capacités de prise en charge ne sont pas nouveaux.
C’est donc auprès de l’ARS et de l’État qu’il faut se battre pour obtenir davantage de moyens, de personnels infirmiers et de capacités de soins psychiatriques, plutôt que de faire croire qu’un arrêté municipal permettra de régler une crise sanitaire.
DÉPLACER LA MISÈRE N’EST PAS FAIRE RECULER L’INSÉCURITÉ
Enfin, il faut regarder ce que l’arrêté permet réellement de faire.
L’événement dramatique utilisé par le maire pour justifier sa communication ne se situe même pas dans une rue visée par son arrêté.
Faire partir une personne d’une rue pour une autre ne règle pas les causes d’un trouble à l’ordre public.
La personne reste avec ses difficultés, ses addictions éventuelles, ses troubles psychiatriques ou sa précarité.
Une politique de sécurité efficace ne consiste pas à rendre les personnes vulnérables invisibles aux yeux des commerçants et des touristes.

Elle doit protéger les habitants, les commerçants et les personnes vulnérables elles-mêmes.
Cela suppose de renforcer la présence policière lorsque c’est nécessaire, mais aussi de renforcer les dispositifs sociaux, sanitaires et psychiatriques qui permettent d’éviter que des situations ne se dégradent jusqu’au drame.
Nous demandons donc au maire d’Avignon :
1. Quelle était la base juridique des injonctions faites aux personnes errantes avant l’adoption de cet arrêté ?
2. Quels moyens la Ville entend-elle mobiliser, au-delà du déplacement des personnes, pour traiter les situations de grande vulnérabilité et les troubles psychiatriques ?
3. Quelles démarches le maire compte-t-il engager auprès de l’ARS pour obtenir les moyens psychiatriques nécessaires sur notre territoire ?
La sécurité est un sujet trop sérieux pour être réduit à des opérations de communication.