Sur le pont camarade

Le PACTE Enseignant 2023

Trois mois après la rentrée scolaire 2023, le pacte enseignant est sensé améliorer les salaires des professeurs et la réussite scolaire. Où en sommes-nous ?

Aujourd’hui, le ministère se fait beaucoup plus discret sur le sujet et pour cause :

Les remontées du terrain parvenues aux principaux syndicats sont un rejet clair et net au mieux de gros doutes pour les enseignants. Décryptages des principaux points de frictions

1. Le retour du fameux travailler plus pour gagner plus.

Il s’agit pour celles et ceux qui s’engageront d’accepter des tâches supplémentaires en échange d’une rémunération spécifique. Chaque type de tâches qui s’appelle « brique » implique d’effectuer 18 ou 24 heures annuelles en plus. Chaque brique quelque soit son volume horaire est rémunérée 1250 euros brut par ans répartis sur neuf mois (d’Octobre à Juin).

Chaque enseignant peut choisir de s’engager pour une seule « Brique » ou pour plusieurs. Le maximum étant en lycée professionnel où l’on peut cumuler jusqu’à six briques soit 7500 € brut annuels.

Il ne s’agit donc en aucun cas d’une augmentation qui permettrait aux enseignants d’être payés plus pour le même travail, mais une nouvelle forme du « travailler plus pour gagner plus » visant à imposer des tâches supplémentaires à des professionnels qui travaillent selon les chiffres du ministère, entre 42 heures en secondaire et 43 heures en primaire hebdomadaire.

On est donc loin de la revalorisation générale promise depuis plusieurs années

2. Primaire et secondaire.

Pour les professeurs des écoles, la mission prioritaire est d’aller effectuer du soutien en mathématiques et en français pour les élèves de 6ème au collège. Dans le secondaire, la priorité est donnée aux remplacements de courte durée. Les plus fortes critiques à l’encontre de ce dispositif sont d’ordre pédagogique. Remplacer un professeur de maths par un professeur d’anglais qui fera une heure d’anglais, cela ne compensera pas l’heure de maths perdue. Aller faire du soutient en 6ème ne compensera pas les inégalités sociales et scolaires qui faute de moyens posent problème en amont du collège.

Le pacte n’a pas pour but de remédier aux conséquences dévastatrices de décennies de manque d’investissement dans l’éducation nationale mais de laisser croire que la solution repose sur le seul volontarisme des enseignants.

3. Lycée professionnel

En lycée professionnel, le pacte revêt une dimension toute particulière. Quantitativement pour commencer avec 15 briques différentes, les professeurs de lycée professionnel (PLP) ont droit au plus large éventail de possibilités. Comme en lycée général, la priorité est donnée aux remplacements de courte durée. Mais avec le pacte, la perversité est dans les détails :

Parmi les autres briques apparaissent des propositions pour la mise en pratique de la réforme du lycée professionnel présentée l’an dernier par le gouvernement et rejetée par les personnels.

 Assurer des cours en effectif réduit pour des élèves en difficultés à la place et non en plus.

 Transformer les PLP en promoteurs de l’apprentissage en assurant des heures de « découvertes des métiers » en collège.

 Assurer le suivi d’élèves en grandes difficultés « décrocheurs » à la place des dispositifs actuels insuffisants et sous financés.

 Développer « des certificats de spécialisation » jusqu’à Bac+1 en remplaçant des mentions complémentaires actuelles mais sans les financements dont celles-ci disposent aujourd’hui.

4. Un contrat mis sur l’école et sa mission public.

Le pacte peut faire penser à un vaste bricolage qui ne résoudra en rien les problèmes de l’éducation nationale. Le pacte et ses briques ne substituent rien de moins qu’un paiement à la tâche où à la mission annualisée ou à la commande l’emporte sur toute autre considération où l’enseignant n’est plus le concepteur de ses cours mais une sorte particulière de personnel contractuel

5. Conclusion

Le principe général du Pacte : Accepter des tâches supplémentaires en échange d’une rémunération spécifique. En choisissant parmi les demandeurs qui aura sa ou ses briques et la rémunération qui va avec, les supérieurs hiérarchiques (personnel de direction en lycée et collège, inspecteurs en primaire) acquerront un pouvoir direct sur le salaire des enseignants.

C’est l’éclatement du cadre de travail du service public de l’éducation nationale ;

Après cette synthèse succincte de l’état des lieux de ce qui se fait dans nos établissements scolaires depuis septembre 2023, nous pouvons dire qu’il y a un vrai malaise dans notre société éducative actuelle. Donc peu sur l’égalité des chances de réussite pour ces élèves. Et pourtant l’école est un lieu où tout n’est jamais totalement déterminé, où quelque chose reste encore possible. La fonction de l’école est bien la transmission des savoirs. Il s’effectue, pour chacun, de manière active et singulière. Et c’est l’apprentissage réussi qui, à l’école, est véritablement éducatif.

Jean-Luc Bourgue

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