Il a fallu la vigilance d’un libraire (Aurélien de Y), d’un fameux chanteur occitan (Damien T. d’Avignon Collectif) et de la vive réaction de la LDH Avignon Orange Carpentras pour alerter sur l’intégration de lecture d’écrits de Maurras pendant la 11 ème Semano Proveunçalo à la bibliothèque Ceccano.
La polémique relayée dans la presse quotidienne régionale et l’écho de la pétition https://www.onparticipe.fr/p/rCa3Jfbd signée d’abord par des universitaires, par des médias nationaux aura épargné à Avignon la honte de la mise en avant de cet auteur antirépublicain, antisémite notoire et collabo frappé d’indignité nationale.
1. Deux conceptions de la nation
En France, la conception moderne de la Nation est inséparable de la Révolution. En 1789, la souveraineté quitte le roi pour appartenir à la Nation : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. » C’est une conception politique, fondée sur la citoyenneté et l’adhésion à une communauté de droits. La toute nouvelle république hérite d’un empire : elle peut être la France partout.
2. Maurras : rompre avec 1789
Maurras combat cette conception de nation. Son « nationalisme intégral » est profondément contre-révolutionnaire : il rejette la République et le parlementarisme et veut restaurer une monarchie héréditaire, antiparlementaire. Son idée de la nation n’est donc pas celle de la République : elle repose sur l’héritage, l’autorité, la hiérarchie et les « appartenances naturelles ».
3. Le régionalisme maurrassien
Maurras intègre le régionalisme sa pensée politique. Il joue des peuples autochtones, et particulièrement du peuple occitan contre le centralisme républicain. Pas à l’abri d’une contradiction près, pour permettre son discours il parle d’un fédéralisme uni sous la figure d’un roi (alors que depuis Louis XIV le royaume de France est un des plus centralisateurs.)
4. Le Collabo
Maurras est le redacteur en chef du journal de l’action Française. En 1935, il appelle au meurtre de Léon Blum et est un soutien du régime de Vichy qualifié de divine surprise.
Il se fait l’ardent promoteur de l’antisémitisme d’État de Vichy. Il en est, de fait, l’un des inspirateurs.
Il sera frappé d’indignité nationale en 1945
5. Le régionalisme ne conduit pas naturellement au maurrassisme
Si Maurras a pris une grande place dans le mouvement le Félibriges. On ne peut pas réduire ce mouvement aux idées maurrassiennes. Il existe des félibres républicains, des écrivains provençaux humanistes, puis celle d’un occitanisme profondément renouvelé après 1945. Clovis Hugues, Félix Gras, Henriette Dibon, puis Robert Lafont, Félix Castan, Yves Rouquette, Serge Bec, Roland Pécout et tant d’autres racontent une Provence et une Occitanie qui ne se réduisent absolument pas à Maurras.
- 45 : l’occitanie libérée de Maurras
En 1945, l’Institut d’Études Occitanes est d’ailleurs fondé dans le contexte de la Libération.
Avec Robert Lafont, l’occitanisme d’après-guerre rompt avec les mythologies identitaires et s’ouvre aux réalités sociales, économiques et politiques. Il ne s’agit plus de rêver une communauté originelle, mais de comprendre un territoire, ses inégalités, sa langue, son histoire et ses luttes.
Mettre en avant Maurras n’est pas neutre. C’est participer à la réhabilitation des idées d’extrême droite, idées bannies après la deuxième guerre mondiale pour avoir répandu guerre et morts.
L’adjoint au maire Eric Peytie -délégué à Montfavet et à la culture provençale, très versé sur le sujet pour participer à des associations de folklore provençal, porte une lourde responsabilité dans cette tentative -échouée – de mise en avant de ce triste sire. Nous demandons sa démission, très versé sur le sujet pour participer à des associations de folklore provençal, porte une lourde responsabilité dans cette tentative -échouée – de mise en avant de ce triste sire. Nous demandons sa démission.