Sur le pont camarade

17 octobre : entendre la colère, sortir de l’impasse démocratique

La manifestation du 17 octobre au matin a été une belle démonstration de force collective : une foule nombreuse, joyeuse et déterminée, avec une jeunesse qui refuse de se résigner. Dans la suite de la journée, des manifestants ont bloqué plusieurs ronds-points et points de circulation, exprimant à leur manière leur volonté de ne pas en rester là. Des heurts ont également eu lieu devant la préfecture et en différents endroits. Nous disons notre solidarité aux victimes de ces heurts et condamnons les pillages.

Mais au-delà des événements de la journée, il nous appartient de comprendre pourquoi une partie de la jeunesse et du mouvement social ne croie plus à l’efficacité des institutions démocratiques, cible les lieux symboles de pouvoir politique et économique.

Depuis la loi Travail de 2016, cette défiance n’a cessé de s’approfondir. Comment ne pas comprendre le désarroi de celles et ceux qui ont vu un gouvernement de gauche, élu notamment sur la promesse de combattre la finance, imposer une régression sociale majeure ? Comment ne pas mesurer les conséquences d’années de mobilisations dont les revendications ont été ignorées ?

Le mouvement des Gilets jaunes a ensuite exprimé, avec une intensité inédite, le sentiment d’une population qui ne se sentait plus entendue. Après le « qu’ils viennent me chercher » lancé par Emmanuel Macron, la réponse aurait pu être un véritable approfondissement démocratique. Des conventions citoyennes ont été organisées, notamment sur le climat. Mais nombre de leurs propositions ont été écartées ou vidées de leur portée. La participation citoyenne a ainsi nourri des attentes auxquelles le pouvoir n’a pas répondu.

La réforme des retraites a constitué un nouveau point de rupture. Une immense mobilisation populaire, une opposition à la réforme exprimée par une très large majorité de la population, et pourtant une réforme imposée au moyen du 49.3. Même le vote parlementaire indicatif du 5 juin 2023 sur proposition du groupe GDR ont mis en évidence l’absence de majorité favorable à cette réforme. Le pouvoir disposait des instruments constitutionnels pour passer en force ; il l’a fait à coup de 49-3.

La dissolution de juin 2024 a encore aggravé cette crise. Après avoir convoqué les électeurs, Emmanuel Macron a refusé de tirer pleinement les conséquences politiques du résultat des législatives, notamment en ne nommant pas de Premier ministre issu du NFP,  la force arrivée en tête de ces élections. Une nouvelle fois, Macron a tordu les institutions pour ne pas avoir à respecter la volonté exprimée dans les urnes.

À force de solliciter les institutions pour contourner la volonté populaire, le pouvoir a contribué à détruire la confiance dans ces mêmes institutions.

Dans ce contexte, la réponse sécuritaire est devenue un instrument central du pouvoir. Face aux mouvements sociaux, le maintien de l’ordre se caractérise trop souvent par une logique d’affrontement et une militarisation des interventions policières. La protection des personnes et des biens est évidemment nécessaire. Mais elle ne saurait justifier une stratégie de confrontation systématique, pas plus qu’elle ne peut tenir lieu de réponse politique à une crise sociale et démocratique.

La mobilisation récente des lycéens en est une nouvelle illustration. Derrière leur colère, il y a l’inquiétude face à l’avenir, les inégalités scolaires, les difficultés d’accès à l’enseignement supérieur, les effets de la sélection et les établissements où les élèves se retrouvent parfois sans enseignants. Face à cette jeunesse qui demande des perspectives, la multiplication des interpellations et des gardes à vue ne peut constituer une politique éducative. Répondre à la désespérance par la peur ne résout rien. 

Pour autant, nous ne pouvons pas nous résoudre à faire de l’affrontement et de la violence une perspective politique. Ce serait une impasse. Chaque fois que des dégradations ou des affrontements prennent le dessus dans le récit médiatique, les revendications sociales disparaissent derrière les images de violence. Le débat se déplace alors des causes de la colère vers la seule question de l’ordre public. La droite et l’extrême droite peuvent se permettre de se présenter en défenseurs de la République, sans avoir à répondre aux raisons profondes de sa crise.

Pour les communistes, l’alternative n’est ni la résignation ni le fantasme insurrectionnel. Elle est dans la reconquête démocratique, dans l’organisation populaire et dans la capacité à transformer la colère en conquêtes sociales et politiques.

 Cela suppose de répondre concrètement aux revendications de la jeunesse, de renforcer les services publics et de garantir à chacune et chacun la possibilité de construire son avenir.

Ceux qui ont contribué à affaiblir la confiance dans la République ne peuvent aujourd’hui se présenter comme ses sauveurs. Lorsqu’on méprise la souveraineté populaire, qu’on contourne le débat démocratique et qu’on répond aux revendications par la force, on nourrit précisément ce que l’on prétend combattre.

Les pompiers pyromanes ne sauveront pas la République. Pour la reconstruire, redonnons à la République sa vocation à la fraternité et à l’égalité.

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