Sur le pont camarade

Reine-Jeanne : quelle politique de sécurité pour les quartiers populaires ?

1. Un problème ancien qui ne se résout pas par des opérations ponctuelles

article du Vaucluese matin du 10/10/2026

La situation du quartier de la Reine-Jeanne illustre la difficulté à combattre durablement les trafics de stupéfiants. La présence de points de deal aux abords du groupe scolaire Stuart Mill, les inquiétudes exprimées par les habitants et les témoignages sur le recrutement de jeunes montrent que le problème dépasse la seule question des interventions policières.

La chronologie récente est révélatrice : affrontements ayant blessé huit policiers le 1er janvier 2026, saisie de 1,3 kg de cocaïne le 29 janvier, nouvelle saisie de produits stupéfiants le 17 juin, puis intervention de la police municipale mise en avant par le maire le 19 août.

Ces opérations sont nécessaires et les saisies témoignent de l’activité des forces de l’ordre. Mais leur répétition invite à s’interroger sur les résultats obtenus dans la durée. Une saisie, même importante, ne signifie pas nécessairement que le réseau a été démantelé, que ses organisateurs ont été identifiés ou que le point de deal a disparu durablement.

Il faut ici distinguer les interventions visibles sur la voie publique du travail de police judiciaire : enquêtes, identification des réseaux, recherche des approvisionnements, interpellation des organisateurs et démantèlement des filières. Ce travail relève principalement des services de l’État, sous l’autorité judiciaire lorsqu’ils agissent dans ce cadre.

La municipalité ne peut donc pas prétendre régler seule le problème des trafics. Elle doit en revanche être en mesure de contribuer à la coordination des acteurs locaux, de faire remonter les alertes et d’agir sur les conditions de sécurité et de tranquillité publique relevant de ses compétences.

2. Une clarification nécessaire des responsabilités entre police municipale et police nationale

La communication d’Olivier Galzi sur l’intervention du 19 août met en avant une police municipale plus interventionniste. Selon le récit publié par le maire, les agents sont intervenus à proximité d’un point de deal connu, sont entrés dans un immeuble, puis la police nationale a été appelée en renfort lorsque la tension est montée.

Cette présentation soulève une question importante de doctrine opérationnelle.

Le quartier avait déjà été le théâtre d’affrontements graves le 1er janvier. Dans un secteur où les risques sont connus, les modalités de coordination entre police municipale et police nationale doivent être clairement définies. Y a t’il eu de coordination préalable netre Pm et PN ? Les risques ont-ils été évalués ?

Pour mémoire, les deux polices n’ont ni le même statut ni les mêmes prérogatives. La police municipale exerce des missions de police administrative, de prévention et de constatation de certaines infractions dans le cadre fixé par la loi. Elle dispose également de pouvoirs judiciaires limités, notamment en qualité d’agent de police judiciaire adjoint. La police nationale dispose de services spécialisés et de prérogatives d’enquête plus étendues pour lutter contre les réseaux criminels.

Renforcer le caractère interventionniste de la police municipale ne saurait se substituer à l’action de la police nationale. Cela ne doit pas non plus conduire à exposer davantage les agents municipaux sans doctrine d’engagement adaptée, moyens suffisants et coordination opérationnelle claire.

La sécurité des policiers municipaux est ici un enjeu à part entière. Leur demander d’intervenir sur des points de deal particulièrement sensibles impose de s’interroger sur la pertinence de ces interventions, leurs objectifs, leurs conditions de préparation et les renforts mobilisables.

3. Le recul des services publics : un enjeu de prévention.

La pétition : https://www.change.org/p/la-lecture-pour-tous-rouvrons-la-biblioth%C3%A8que-pierre-boulle-rouvrons-la-culture

La fermeture annoncée de la bibliothèque Pierre-Boulle, l’absence de fêtes de quartier en 2026 et les évolutions annoncées du réseau de postes de police municipale (fermeture de St Chamand, fermeture des postes de la Trillade et Monclar au profit du poste mutualisé Police Municipale/police national sur la Rocade) témoignent d’une transformation de la présence municipale dans les quartiers.

Il serait toutefois erroné d’affirmer que le maintien de ces équipements suffirait à faire disparaître les trafics. Les points de deal peuvent perdurer dans des quartiers dotés de services publics, et leur démantèlement nécessite un travail d’enquête et de répression relevant principalement de l’État.

Cependant les équipements publics, les associations, les éducateurs et les professionnels de proximité contribuent à la prévention, à la cohésion sociale et à la confiance entre les habitants et les institutions. Ils peuvent faciliter le repérage des difficultés, le signalement des faits et l’accompagnement des personnes vulnérables. Ils ne remplacent ni la police ni la justice, mais ils participent à un environnement dans lequel les habitants ne sont pas laissés seuls face aux pressions des trafiquants.

L’avis de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) consacré aux violences urbaines, aux périphéries et à l’accès aux droits souligne notamment l’importance de soutenir la société civile et de restaurer la confiance entre les forces de l’ordre et la population. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000050957705

Le recul des services publics risque d’affaiblir les capacités locales de prévention et les liens quotidiens entre les habitants et les institutions.

4. Une responsabilité municipale qui ne peut se limiter à la communication

Lorsque des parents et des riverains alertent sur la présence de dealers aux abords d’une école, la réponse municipale ne peut se réduire à un renvoi vers la préfecture. Certes, les enquêtes contre les réseaux relèvent principalement de l’État. Mais la municipalité conserve des responsabilités en matière de tranquillité publique, de prévention, de coordination locale et de protection des abords des équipements municipaux, dans le cadre de ses compétences.

Elle peut notamment organiser un dialogue régulier avec les habitants et les équipes éducatives, transmettre les signalements aux services compétents, travailler avec les associations et demander à l’État une réponse coordonnée et durable.

La question n’est donc pas de savoir si la Ville doit remplacer la police nationale, mais si elle assume pleinement sa propre responsabilité dans la sécurité quotidienne et la prévention.

5. Quel choix politique pour Avignon ?

La doctrine défendue par Olivier Galzi semble privilégier une présence policière plus interventionniste, tandis que plusieurs décisions municipales réduisent ou transforment les formes de présence publique de proximité.

Une politique sérieuse de sécurité doit articuler trois dimensions complémentaires :

  • L’action régalienne de l’État : renseignement, enquêtes judiciaires, lutte contre les réseaux et leurs organisateurs, interpellations et poursuites.
  • L’action municipale de sécurité et de prévention : tranquillité publique, présence de proximité, coordination avec les services de l’État et protection des équipements municipaux.
  • La présence sociale et associative : prévention, accompagnement des jeunes, maintien du lien avec les habitants et capacité à faire remonter les difficultés.

Aucune de ces dimensions ne peut remplacer les deux autres.

La critique politique ne doit donc pas consister à opposer mécaniquement répression et services publics. Elle doit porter sur la cohérence de la stratégie municipale : la Ville peut-elle prétendre renforcer la sécurité tout en réduisant les moyens de prévention et les lieux de proximité, en affaiblissant le tissu associatif, sans démontrer que les nouvelles modalités d’intervention améliorent effectivement la situation ?

L’objectif doit être une présence publique complète, articulant efficacité de l’action judiciaire, sécurité des agents, prévention et confiance des habitants.

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